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Les Manuscrits oubliés

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Que peut-il y avoir de plus triste qu’un manuscrit oublié au fond d’un tiroir, conservé dans une cantine rouillée, dans un coin d’une bibliothèque recouvert de poussière?

Que peut-il y avoir de plus triste que de belles pages noircies d’une histoire personnelle sorties de l’imagination d’un homme ou d’une femme?

Que peut-il y avoir de plus triste que des personnages ayant pris vie dans la tête d’un romancier ou d’une romancière condamnés à ne jamais vivre grâce aux yeux des lectrices et aux lecteurs?

Il existe dans notre pays des trésors cachés qui ne demandent qu’à s’offrir à la lecture. Les auteurs sont disparus sans jamais avoir été édités. La collection des « Manuscrits oubliés » est là pour remédier à ce non-sens. Elle permet de partir à la découverte d’oeuvres enfouies dans le secret et le silence.

Emblématique de cette collection, le manuscrit oublié de François Barberousse. Son troisième roman aurait dû être publié en 1938-39 chez Gallimard. Il ne paraîtra pas. Gusse, le héros du roman, est soldat pendant la Grande Guerre. Pour autant, le roman ne peint en rien la guerre elle-même. Il décrit le désespoir d’un jeune homme qui constate que la communauté paysanne qu’il aimait se délite au fil des années de conflit. Chaque permission est pour lui l’occasion de constater que le monde paysan est profondément blessé dans ses usages, dans ses valeurs. « L’âge d’or » des campagnes françaises a bien disparu…

Gallimard y voit un ton pacifiste peu en phase avec les évènements qui vont précipiter la France dans la Second Guerre mondiale. Il faut préciser que François Barberousse était officier dans l’armée. Le livre n’est donc pas publié.

Pour présenter Gusse, on pourrait reprendre quelques éléments que la critique des années 1930 a consacrés aux premiers romans de Barberousse ; Dans le Bulletin des Lettres du 25 novembre 1935 (Lyon), l’auteur du compte rendu en vient même à comparer François Barberousse à Céline : « Ce roman paysan [L’Homme sec] rappelle par sa crudité le Voyage au bout de la nuit, mais il lui est, à notre avis, supérieur par le naturel, la sincérité et les réflexions qu’il suggère. » Et, sommes-nous tentés d’ajouter, bien différent par l’admiration que l’on ressent pour ces vies dignes et rudes de paysans (il en existe dans ces pages) qui savent garder courage et bonté dans un milieu difficile…

Le retour à la lumière des ouvrages de François Barberousse amènera sans doute de jeunes talents à le découvrir et enrichir la fortune critique d’un auteur dont le cercle des lecteurs devrait légitimement dépasser le cercle des amateurs de littérature régionale.