La littérature près de chez vous

Hollywood sur Cher

  • Collection : Années 60
  • Auteur : Jean-Claude FOURNIER
  • 14 x 22,5 cm - 248 pages - Noir
  • 20 €

Présentation

Dans son deuxième roman, Jean-Claude Fournier nous plonge à nouveau dans l’atmosphère des Trente Glorieuses. Il nous peint ici un portrait réaliste, original et nuancé de ces trois décennies, qui ne furent pas toujours vécues, par ceux qui les traversèrent, comme l’ère de progrès social, de foi en l’avenir et d’insouciance qu’il est convenu de célébrer aujourd’hui.

L’histoire qui nous est racontée est celle d’un enfant du peuple, dont l’enfance et l’adolescence se passent entre Montluçon, sa ville natale, puis Moulins et Clermont, deux cités où il étudiera dans l’espoir de faire un jour carrière dans le cinéma, une passion contractée dès le plus jeune âge.

Mais il n’est pas facile de réaliser ce rêve lorsque l’on a été persuadé d’entrer à l’École normale d’instituteurs par des professeurs de collège convaincus que cette orientation était la voie « royale » pour un élève issu d’un milieu très modeste.

L’ascenseur social fonctionnera-t-il complètement pour ce petit-fils d’un maçon creusois venu chercher du travail dans le bassin industriel de l’Allier, et d’un mineur descendu du Nord après la Grande Guerre ?

Au-delà de son destin particulier, ce poulbot montluçonnais est représentatif de toute une génération qui aspira, de manière diffuse encore au début des années 60, à un grand chambardement dans sa vie sociale mais surtout intime. Tous les lecteurs, même les plus jeunes, se reconnaîtront dans ce refus d’entrer prématurément dans le rang, tel qu’il est exprimé dans cette histoire.

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Auteur

Certains écrivains se sont fait connaître en décrivant la société rurale bourbonnaise au temps des grandes mutations du début du XXe siècle. Jean-Claude Fournier décrit cette société bourbonnaise un peu plus tard… dans les années 60, lorsque de nouvelles mutations vont à nouveau bouleverser nos villes et nos campagnes. Il est né durant la guerre à Montluçon où il a grandi. Il a parcouru les campagnes de l’Allier, de la Creuse, de l’Auvergne et du Cher dans les années 60. Il connait bien cette époque et cette région qu’il a choisies pour camper ses romans.

Critique

Je ne puis résister au plaisir de mettre en ligne ce texte qu'une connaissance, prof agrégé de français et conseiller pédagogique, montluçonnais lui aussi et comme moi auteur de deux romans dans lesquels notre ville natale sert de toile de fond aux tribulations des personnages, a écrit au sujet de mon nouveau roman, Hollywood sur Cher". Le livre ne vaut pas tant de compliments, mais c'est bon pour l'ego...

"Je l'ai enfin eu, et lu! Retard pas entièrement imputable à la distribution, toutefois, car le bouquin m'attendait sagement chez ma libraire, où je l'ai trouvé au retour d'un petit voyage d'une semaine.

Parti pris entièrement autobiographique, donc, ce qui demande certainement beaucoup plus de rigueur - et de courage - que l'auto-fiction pour laquelle j'ai opté, qui me permet de broder sur un fond de vérité et de noyer le poisson dans une sauce romanesque en gommant les noms et les lieux. J'ai apprécié le sens du détail, et même, quelquefois, du petit détail, qui a toute son importance et dont on s'aperçoit qu'il permet d'éclairer des faits importants en les rendant vivants.

J'ai beaucoup aimé les premiers chapitres (une enfance montluçonnaise) , d'une écriture précise et serrée. L'avantage de la précision des lieux fait que l'on s'y voit, d'autant plus aisément que je n'habitais pas très loin, dans ce quartier des Iles, qui, comme tu prends la peine de le préciser, n'a rien à voir avec les sites exotiques auxquels il peut faire penser. Pour la petite histoire, la grande cheminée de l'ancienne usine des fers creux a été sauvegardée in extremis par Michel Desnoyer, ex prof de lettres au lycée et passionné d'archéologie industrielle. Personnellement, elle me donne le tournis et me semble incongrue dans cette aire goudronnée, recouverte de boutiques à bas prix : tu dis, à la fin du bouquin, des choses très justes, et très belles, parce que très bien écrites, sur le choc que produit la modernité plaquée sur des paysages riches en souvenirs...

Une bouffée d'oxygène montluçonnais, donc, dans ces premiers chapitres très accrocheurs.

Sur le collège, même si l'évocation m'a paru trop rapide (mais le bouquin est déjà un pavé!) tout me paraît juste, notamment à propos des profs. Léon-Gaston méritait bien un chapitre pour lui seul! Tu rappelles des détails que j'avais oubliés, mais je suis d'accord sur le fait que, malgré (ou à cause de?)son enseignement pour le moins particulier, nous avons appris de l'anglais avec lui, peut-être plus qu'à l'EN. J'ai quand même rencontré des gens qui lui ont attribué leurs difficultés ultérieures, mais on sait bien qu'on a tendance à rejeter sur le maître ce que l'on n'a pas réussi...

L'EN est évoquée aussi avec justesse et précision. Simplement, je n'aurais pas parlé, quant à moi, de "parenthèse heureuse" dans ma vie, ni de "service militaire très soft", et encore moins de "paradis perdu" (p.195). Nous en avons déjà parlé: pour moi, ce sont de mauvaises années, heureusement effacées par celles que j'ai connues après.

A lire ce que tu dis ensuite de la montagne bourbonnaise, je me dis que j'ai peut-être échappé à quelque chose, car après une année passée au collège de Cusset, je suis parti tout de suite comme VAT aux Nouvelles-Hébrides. Fort heureusement, j'étais marié (je le suis toujours), ce qui m'a épargné le souci d'une recherche de main-d'oeuvre mélanésienne peu attirante!!! Toutefois, j'aime beaucoup les remarques par lesquelles tu nuances cette vision, en disant qu'elle n'est pas imputable au lieu lui-même, mais au fait que tu n'étais pas disposé à l'apprécier à cette époque, pas réceptif.

Une réflexion qui génère, un peu plus loin (p.220), ce qui m'apparaît comme la plus belle page du bouquin sur la nécessité de s'imprégner longuement d'un paysage pour tenter enfin de le décrire : "Il ignorait alors que tout paysage - surtout s'il est banal et peu spectaculaire comme celui-ci qui l'avait enfoui sous sa couette rustique depuis plusieurs mois- se mérite, qu'il ne se laisse pénétrer qu'après une longue fréquentation", etc... Je pense à Colette, dans Sido : "J'appartiens à un pays que j'ai quitté"... Un texte que j'ai découvert en quatrième ou en troisième, avec un des deux profs de français qui ont compté après la sixième, et dont tu croques un portrait rapide mais très juste.

Les dernières pages aussi sont très belles. Il faut faire une pause avant de les lire, ou les relire, pour bien les apprécier.

Très bonne idée aussi que la technique qui consiste à faire dialoguer deux personnages, qui sont en fait une seule personne, en ouvrant ainsi la porte à une langue savoureuse, qui mérite de ne pas être oubliée...

Au total, donc, un très bon récit autobiographique, lucide, honnête (un point très important), sans concession, d'une écriture précise et "serrée". Le plaisir que j'ai pris à la lecture dépasse largement l'intérêt procuré à un Montluçonnais par un récit situé dans des lieux qu'il connaît."

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