La littérature près de chez vous

Eliane AUBERT-COLOMBANI

Naissance à Paris en 1934 ; l’année des affrontements politiques : socialistes, camelots du Roi, croix de feu, célèbre manifestation place de la Concorde, j’en passe…

Et j’arrive en 1940. J’ai six ans, je pars en exode vers le sud avec mes grands-parents paternels. J’ai un souvenir ébloui du paysage de Saint-Yrieix. Puis nous voilà à Cubzac-les-Ponts : je suis couchée avec ma grand-mère dans un lit à baldaquin. Au petit matin, un voisin cogne très fort à la porte, ma grand-mère s’éveille en sursaut et s’écrie : « les Prussiens ! » Mais non ! Le voisin venait nous avertir que l’armistice était signé.

Nous hébergeons des soldats français en déroute. Un adjudant pleure, il vient d’apprendre que son fils a été tué. Mes grands-parents tentent de le réconforter tandis que je mange des petits pois que me donnent les soldats, dans leurs boîtes de conserves.

Quelques jours plus tard, nous sommes contraints d’accueillir deux officiers allemands et leurs ordonnances. Plus tard, quand j’ai lu « Le silence de la mer » de Vercors, j’ai cru revivre cette période.

Octobre 1940 : rentrée scolaire. Je suis en CP dans une école du 6e arrondissement de Paris. J’ai beaucoup de mal à apprendre à lire (je me suis rattrapée depuis).

Dès 1942, mes parents m’envoient six mois par an, dans une ferme, à Chaumussay (Indre-et-Loire) pour me protéger des bombardements et pour que je sois bien nourrie. Je ne vais pas à l’école. Je garde les ouailles avec ma chienne Fleurette, et le dimanche, on garde les ouailles, les vaches et les chèvres ensemble. « Dieu que la guerre est jolie ! » comme a dit l’autre !

Oui mais en automne et en hiver, je vais quand même à l’école, c’est moins drôle qu’à Chaumussay !

Mon père se cache pour ne pas partir en Allemagne. J’ai des camarades qui portent l’étoile jaune et je comprends qu’elles sont menacées. Un jour, je suis témoin d’une rafle dans le Marais. Nous étions ma marraine et moi chez Arpel, un chapelier. Tout à coup, j’ai vu des gens courir en criant, ils étaient poursuivis par des policiers. Une femme est entrée dans la boutique, elle pleurait, elle essayait de rattacher les lanières de ses chaussures. Quelques minutes se sont écoulées. Elle n’a pas été emmenée. Je n’oublierai jamais.

Vous comprendrez que je sois toujours hantée par la guerre. On la retrouve dans plusieurs de mes romans.

Bon ! passons à un autre chapitre ! Je suis à moitié corse. Je ne parle pas le corse mais le patois tourangeau, néanmoins comme j’ai beaucoup vécu auprès de ma grand-mère maternelle, veuve d’un berger mort au front en 14, j’aime l’ Ile et elle m’a souvent inspirée.

Quoi d’autre ? J’ai été prof de lettres et j’ai enseigné trente ans à Gennevilliers, avec bonheur. J’ai toujours des contacts avec d’anciens élèves.

Depuis dix-neuf ans, je vis à La Châtre où mon fils et ma belle-fille sont professeurs au lycée.

Je ne m’y s’ens point  « d’étrange », je suis dans « mon connu ». Les Tourangeaux de mon enfance disaient « Les Berrichons c’est ben rustiques ! » C’est sans doute pour cela que je les aime.

Ma petite-fille travaille à Paris dans l’édition.

Il est temps que je vous donne la liste de mes bouquins… à lire avant la rentrée, obligatoirement !

 

Le doctorant – Zia Vito, Jean-Paul Bayol , 2014.
La Perdrière – Marivole CPE, 2014.
Journal d’un collabo 1945-1946 – L’Harmattan, 2013.
Etoile – Fondencre, 2012 (préface de Paul Veyne).
L’âne et le bon Dieu – Albiana, 2009.
Nouvelles de Corse (ouvrage collectif) – Magellan, 2008.
La Buse – Albiana, 2008.
L’appel de l’île – Albiana, 2007.
Journal d’un collabo 1944 – L’Harmattan, 2006.
Le cousin – Le Rocher, 2005.
La Fin du collabo – Le Rocher, 2004.
Tuer le juge – L’Harmattan, 2001.
Alzheimer au quotidien – L’Harmattan, 1999.
Simon le Corse – Critérion, 1994 ; Christian Lacour, 1997.
La Mère allemande – Denoël, 1991.
L’Elève de Clémence – Denoël, 1991
Les silences de l’aube – Carrère, 1986.
Le Journal d’un collabo – Denoël, 1984 ; L’Harmattan, 2006.
Le temps des cerises – Les Presses de la Cité, 1983 ; Denoël, 1990 ;
Maxi-Livre, 1996 ; L’Harmattan, 2000.
Un homme de la terre – Le Cercle d’or, 1978.
La guérison – Le Cercle d’or, 1974 (préface de Françoise Fourastié)
La Perdrière – Le Cercle d’or, 1971 (Prix Guy Vanhor 1971).
Critiques parues dans ̎ Les lettres françaises ̎
Les revues ̎ Plein chant ̎ , ̎ Digraphe ̎

Voir mon site :  http://eliane-aubert-colombani.e-monsite.com

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