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Critique littéraire : Mado de Chérif Zananiri

Ma citation préférée : « La première fois, nous avions une trouille de fou, les officiers vaient des flingues pour nous encourage à foncer. On avait des révolvers dans le dos pour nous faire avancer et l’ennemi devant nous dont on croisait le regard. Une boucherie ! et si, juste au moment où tous deux, le Boche et le Français, lèvent le bras pour se donner le coup de grâce, si à ce moment-là leurs regards se croisent profondément, et s’il reste en eux le moindre soupçon d’humanité, lequel de ces deux bras doit donc devenir le plus faible ? et lequel le plus fort ? le sien ? le mien ? Jusque là j’ai tenu ! Mais jusqu’à quand ? «

Pourquoi ce livre : Dans cette période de commémoration de la guerre de 14-18, de nombreux ouvrages sont consacrés à ce thème «porteur», mais le roman de Chérif Zanarini a le mérite de le traiter sur un plan original en confrontant alternativement l’horreur vécue au front par un poilu et la vie des Français de l’arrière, au travers de la vie quotidienne de son épouse. La tragédie que renferme ce beau roman se révèle progressivement dans la folie qui s’empare irrémédiablement de ce jeune soldat soumis pendant trop longtemps à l’insupportable condition de vie dans cette guerre devenue boucherie inhumaine.

L’intrigue : Un jeune couple vient de marier et s’aiment tendrement. ils s’apprêtent à mener une vie paisible et travailleuse car Gilbert vient de reprendre une échoppe de cordonnier à un vieil artisan qui l’a initié au métier. Mais la déclaration de guerre de 1914 vient compromettre brutalement la perspective de ce bonheur simple, malgré l’engouement patriotique du départ au front d’une France qui croit qu’elle va «bouffer du Boche». Le guerre s’enlise rapidement dans la boue des tranchées et Gibert combat pendant une longue année sans revoir son épouse qui doit subvenir aux besoins vitaux du ménage. Comme beaucoup de femmes de soldats, elle doit compenser l’absence des hommes et décide de le remplacer dans son travail et y arrive très bien, au désappointement de son mari qui en ressent une certaine dévalorisation de son identité masculine lors de sa première permission. A partir de là, le doute s’installe dans l’esprit du jeune homme qui ne peut, de son coté et comme ses camarades soldats, faire partager à la population civile ce qu’ils vivent au front.

Les personnages, les lieux, l’époque : Ces trois éléments sont décrits sont décrits avec une écriture agréable à lire, jalonnée de réflexions intéressantes sur des considérations de l’auteur sur les sentiments humains.

L’auteur : Il émane de l’auteur une grande sensibilité aux questions humaines qui lui permet de faire partager au lecteur son humanisme sans verser dans la sensiblerie et la surenchère pathologique, même s’il a eu le courage littéraire de conclure son roman sur une note très tragique.

D.C

Mado de Chérif Zananiri

Editions Marivole 20 €
En vente en librairie ou sur www.bouquine.org

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