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Critique littéraire du livre « Mado, Retour de l’Enfer »

Critique littéraire de Willy Lefevre parue le 4 avril 2017 sur le blog Les plaisirs de Marc Page

 

Du patriotisme exalté à la résignation du poilu déprimé… L’homme a changé.
La grande faucheuse a décimé les troupes.

Dans les tranchées, les quelques tirs sporadiques sont coups d’épée dans l’eau… l’éternité égraine le temps… prélude à la tempête de feu…

La nauséabonde mare de sang dans laquelle pataugent les belligérants les noiera dans une mélancolie destructrice.

Au départ de Gilbert pour la Grande Guerre, Mado son épouse, sait qu’elle doit survivre. Elle rouvre la boutique de cordonnier de son mari, fait venir le père Émile, l’ancien artisan, pour apprendre le métier et s’installe, avec succès, en nouveau patron.

Quelques petits métiers apparaissent à leur tour dans la cour de l’habitation.
Mado transformera une cage à pies en académie…

Malgré la réussite de son entreprise, Mado apprend à vivre avec l’angoisse de la guerre, l’attente du mari, l’espoir souvent déçu de permissions…

Au fil de celles-ci et des lettres qu’elle reçoit, Mado s’aperçoit que le poilu s’est transformé en une bête de guerre, oubliant, souvent, une partie de son humanité.

Elle s’applique alors à offrir à son époux les meilleures conditions pour son retour. Mais cela suffira-t-il ?

L’homme a changé sa vision des choses. Dans les tranchées, il côtoie l’horreur absolue, l’odeur de la mort.

Et quand il sort de cet enfer, le monde qu’il a quitté a évolué, les repaires ont changés, les femmes ont pris leurs marques, se sont débrouillées…

Pour lui, tout son univers a été balayé…

La veille il quittait les tranchées et le déluge de feu, les « marmites » qui l’arrosaient, et voilà que de retour au foyer pour quelques jours, il se retrouvait en ville à contempler la foule de civils.
Là, les pèlerines bleues et les costumes blancs des dames de la Croix-Rouge, les uniformes flambant neuf des officiers, vierges de la boue des tranchées… quel contraste !

Il revenait d’un monde lointain, celui de la mort. Pour redécouvrir celui des vivants, de ces humains qui n’avaient pas franchi l’irréversible passage qui mène en enfer.

Pour le poilu en permission, c’est la déception, l’amertume de découvrir que les choses qu’il avait mises en place et si bien rangées ont changé de place…

Tout a changé…

Pour la jeune épouse, il était pourtant impératif de survivre…

Un beau récit de femme, volontaire et courageuse, qui essaie de rester digne pendant l’absence de son mari et espère retrouver une vie de famille dès son retour.

Ce livre plein d’humanité évoque la vie compliquée des femmes dont les époux étaient partis sur le front pendant la Grande Guerre. Elles devaient se passer de leurs maris, prendre leur place à la maison, tenir leur échoppe… Elles devenaient chef de famille.

Garderont-elles cette émancipation ?

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