La littérature près de chez vous

Chérif ZANANIRI

Je fais partie des gens qui ont dû revenir ou venir en France à la suite des « événements » qui se sont déroulés en Afrique du Nord dans les années 60. Nous nous sommes plus dans l’Orléanais, puisque c’est à Orléans que ma famille s’est installée et que j’ai commencé mes études supérieures en physique. Et puis comme les boutures qui tiennent à la vie et qui s’enracinent lorsque le terreau est bon, nous y sommes restés.

Par la suite, enseignant en classes préparatoires (math sup puis math spé) j’ai fait ma carrière à Chartres et Paris et depuis peu, je suis à la retraite.

Ce fut dans les années 80 que l’on m’a demandé de collaborer à un livre. Il parlait de … physique. Je fus seul pour écrire le deuxième. Puis un autre et autre pour atteindre une quarantaine en fin de carrière (en général pour le supérieur) et des dizaines d’articles sur les mathématiques ou la physique dans des publications scientifiques. Progressivement les livres s’intéressaient à l’histoire des sciences et les mots remplaçaient les équations, m’incitant à laisser tomber la physique pour ne considérer que les histoires. L’Histoire de la physique puis la biographie d’Archimède sont alors sorties. D’autres ont suivi. Par la suite, j’en suis arrivé aux romans policiers et aux romans de terroir selon un parcours assez logique.

Paradoxalement, je suis citadin depuis des dizaines de générations et j’étais tout juste capable de reconnaître une vache d’une chèvre ! Cependant, mon épouse – Solognote – m’a fait découvrir un monde rural nouveau et inattendu. Il m’a fallu comprendre les habitudes, les traditions ; plus difficile encore… accepter l’histoire de ces gens et les difficultés qui ont dû être les leurs aux siècles passés.

Tombé en amour, j’ai voulu me déclarer !

Je me suis rendu compte alors, que la meilleure façon de leur témoigner de mon affection était de les mettre au centre d’une histoire. Leur histoire ! Et Pisseur au vent a vu le jour.

J’ai procédé de façon similaire avec la suite qui se déroule à Sancerre. Là, j’avais la main tenu par un beau-frère sancerrois depuis dix générations au moins. A chaque écart dans mon histoire, il remontrait le chemin suivi par les éleveurs, les vignerons et mettait le doigt sur l’empreinte de l’histoire et les traces indubitables qu’elle a laissées et dont les cicatrices se voient encore de nos jours.

Et la suite ?

Je me vois poursuivre cette activité qui me permet sans quitter mon fauteuil, de faire de magnifiques voyages dans des univers créés de toute pièce. Quoi de plus grisant que d’inventer des personnages qui progressivement prennent de l’épaisseur et guident eux-mêmes ma propre main ! Quoi de plus jouissif que de voir un être qui vient de naître me défier et vouloir être maître de son destin ! Heureusement, j’ai appris assez vite à rester, au moins au final, maître du jeu.

Une dernière question : et le lecteur dans toute cette histoire ?

Les séances de dédicaces m’ont permis de le rencontrer, de converser avec lui et de comprendre ses centres d’intérêts. Souvent il s’agit d’une femme, habitant une ville petite ou moyenne, ayant conservé le goût de la lecture et parfaitement consciente de son rôle comme lien indispensable entre l’hier qu’elle a vécu et qu’elle doit transmettre à ses enfants et le demain qui l’inquiète parfois.

Pour terminer, je conclus sur notre devoir en tant que romanciers de terroir puisque par notre écriture nous devenons des historiens du quotidien. Notre devoir est de témoigner de notre histoire, celle de notre adolescence et de notre jeunesse, qui semble pour nos enfants et nos petits-enfants, déjà de l’histoire ancienne.

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